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Somnambule

J'ai fait un drôle de rêve, l'autre nuit : je rêvais que j'étais bien plus âgé, j'étais engagé dans une liaison avec l'actuelle élue de mon coeur et nous avions des enfants. Combien, aucune idée.
Le fait est que ma maladie avait empiré au point qu'aucune rémission n'était possible, une échéance m'était échue. J'allais mourir, et je savais précisément quand. Aussi les instants de simplicité prenaient-ils une un incroyable dimension. Les rêves ont cela de magique que l'on peut vivre une vie en une nuit.
Bref, j'allais mourir donc et ma progéniture (je n'en veux pas, mais bon on choisit pas ses rêves) était trop jeune pour le comprendre. Alors on leur (lui?) avait fait croire que je partais en voyage, et qu'à chaque anniversaire, je leur écrirais. Bien entendu, les lettres auraient été écrites avant. Sans doute n'ai-je pas inventé cette hisotoire, là n'est pas la question.
La question, c'est plutôt : qu'est ce que je laisserais au monde? Faudrait-il tenir un long discours dont la teneur serait peu ou prou "voici ma vie, à présent tire profit de mon expérience au possible et fait ce que je n'ai pu achever", ou au contraire "vis ta vie, fais tes propres erreurs, et sois heureux , now go my son and rock"? Un peu des deux sans doutes. La voie du milieu est toujours celle qu'il s'agit d'emprunter, dit-on.
Qu'est ce que je laisserais au monde? En voilà une chouette question. Je lisais un texte récemment qui fixait le moi comme projection sur autrui. Donc la question "qu'est ce que je laisserais" deviendra "comment vais-je survivre, à supposer que ce soit le cas, dans l'esprit des gens". Par des souvenirs, sans doute, de bons, j'espère. Certes, mais ces souvenirs partiront au fond avec ceux qui m'auront gardé dans leur coeur.
La survivance passe par l'humanité entière, et pour cela je dois me livre à elle, et surtout faire quelque chose qui me rende immortel. Cela dit, ai-je envie de vivre immortellement dans une foule qui de moi ne connaîtra que ma création? (on supposera que j'en ai la capacité, le monde des conjectures est suffisament vaste pour cette hypothèse si on s'y prends bien pour l'y faire rentrer).
Au fond, c'est dur, et ça peut paraître dur et dépressif, mais j'angoisse à l'idée de laisser trop de moi. Au fond, on est comme dans ce vieux hayku que j'avais lu, une ride sur un lac, qui s'étends jusqu'aux rivages et sans jamais revenir en arrière. Il s'agit de l'essence même de ce qui fait que la vie est merveilleuse, ce caractère éphémère et unique de l'instant présent, non?
Le vide comme point d'arrivée? Sublime espoir qu'au fond, il y ait un équilibre dans cet univers absurde. L'idée d'un après m'angoisse. La dissolution, par son côté absolu, donne un sens à ce qui le précède. Sans quoi autant tomber dans l''abstinence crétinisante et stérile peuplée de non dits et de frustrations de certains illuminés ne voyant en la vie qu'une purgation d'un pêché dont nous ne sommes pas coupables.

Il y a là, je suis sûr, plein de choses que l'on pourrait développer, mais expliciter ma pensée est ce qui me plait le moins. J'aime quand la vase vient d'être remuée et que les formes se dessinent à peine, laisser le tout en suspension. Sur ce, je vais rejoindre Morphée, et, je l'espère, ma tendre.
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K
Tu sais, les enfants dans les rêves, c'est pas forcément les enfants qu'on veut avoir, c'est plutôt les enfants qu'on a été...
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