Chaque nuit, avant de dormir, et chaque instant où mon esprit se permet un flottement, je l'imagine. Toujours des scenari plus improbables dans lesquels la belle se tourne vers moi après quelques paroles échangées, et me donne un baiser. Tantôt calme et profond, tantôt fougeux et désespéré. Je détache ses cheveux, et passe ma main dans sa nuque, et je l'enserre, l'entourre de ma tendresse. La complétion. Il ne s'agit pas de savoir si cet amour sera ou a été, puisque l'on se retrouve ab tempore. Il ne s'agit pas de connaître la force de cet amour, ou même de se demander ce qu'elle ressent. Cela incluerait un doute, un questionnement. Dans mes songes, je me plais à imaginer un désir pur et cristallin, presqu'enfantin, puisque le sexe, toujours, je me l'impose, est exclu. Bien que concrétisation absolue de l'amour, paroxysme de tendresse et de passion, cela me ramènerait à une délétère spirale de réalisme.
Il ne faut pas se leurrer, ce que j'éprouve a été vécu au moins une fois par quiconque dont le passé coincide en certains points avec le mien.
C'est ça le drôle, je ne veux pas être enfermé dans un cliché, mais en faisant ça, je m'enferme dans celui de l'amour chaqste. Quoi qu'il arrive, je suis baisé. Et puis au fond, quelle mauvaise foi... Comme si j'étais un parangon de vertu... C'est clairement ma libido qui a détruit mon dernier couple. Imaginer cet amour privé de cette dimension est peut-être une façon inconsciente pour moi de me purifier de ce désir que je n'ai su museler. Attention, je ne parle pas de le maîtriser. L'imbécile qui voudrait maîtriser son désir n'aboutirait en cas de réussite qu'à sa destruction. Si l'on ne ressent pas les affres de la frustration, comment vivre la félicité de sa satisfaction?
Ce qui me fait rire en fait, c'est autre chose. Il m'arrive souvent de faire preuve de coquetterie. Pour qui? Pour charmer l'attention d'une belle demoiselle? J'ai quelques menus défauts qui font que mon charme ne résidera jamais en mon physique, et je ne le sais que trop. Au début je croyais que c'était le fruit d'une inconsciente désespérance, comme si celui qui tirait les fils voulait "tenter le coup une dernière fois". Certes, cela m'arrive, de vouloir faire impression auprès d'une charmante tourterelle. Mais ce n'est pas le fond de la quesiton, et je le sens bien. Pourquoi? Parce que cela m'est arrivé tant de fois de me raser, laver avec soin, peigner, lisser les cheveux, parfumer, habiller sur mon 31 alors que j'étais seul ce jour là. La réponse est simple et me surprends toutefois. Il s'agit en fait de me charmer, moi. Et ça marche. Je me sens beau, sans avoir à regarder dans une glace, source la plupart du temps de désillusions. Je me sens.... beau, juste en accord avec moi, et ces moments-là, je m'aime. Entrange, non? Narcissique le Juju? Je ne l'ai jamais nié. J'espère toujours trouver sur une photo un visage tel que je me vois. Mais las l'appareil ne transige pas aussi allégrement que moi.
Cela me fait penser au poème d'une amie khâgneuse, que je crois déstiné à elle même. Mais qui sait réellement ce que l'auteur exprime réellement? Brefons, il y était question d'une vieille femme seule qui contemplait chaque jour dans le miroir son corps tel qu'il avait été, ignorant qu'à tout jamais elle avait été la seule qui ne l'eut jamais aimée. Certes, j'ai été aimé, mais admettons que cela n'arrive plus. (Aucune désespérance ici, cela est juste une hypothèse). Je serais alors sans doute comme cette femme, à contempler les débrits de ma personne. Et quand bien même cela arriverait-il, la seule façon de trouver l'équililbre n'est-elle pas de se satifsfaire de cette relation à soi-même?
Car l'amour se mue et adopte, au fil des ondoyances du moi, une couleur, une variation aux teintes infinies. Tout à l'heure, j'ai fait un constat quelque peu désespérant, et surtout très étrange. Je me rappelais éxactement de ce qui s'était passé dans tous ces moments d'intimité et/ou de tendresse, mais en essayant de me rappeler comment cela faisait, impossible. Ie me rappelle à quel point j'étais bien je me sentais en harmonie, en paix, mais quid du ressenti en lui-même, nihil.
C'est comme si ma mémoire n'enregistrait que les faits. Peut-être ai-je gardé les souvenir sans garder le mental, d'où cette incompatibilité qui serait source de cette singularité. Mais je doute. Quoi qu'il en soit, Augustin avait tort lorsqu'il traitait de la mémoire comme d'un magnifique palais où tout était contenu. Il n'y a là qu'un archivage de faits objectivés . Mais qu'est ce que la magie d'un baiser, lorsque celui-ci est abaissé au niveau d'un théorème, ou d'une date? Rien, si ce n'est qu'un souvenir fugage et passager. Triste, non ? D'où l'inutilité (d'un point de vue métaphysique pur) de la question "m'aime-t-elle? Et demain?". Il n'y a pas de questionnement en amour, affirmais-je plus haut, en voici la preuve. Les souffrances et questions inhérentes à ce que l'on appelle l'amour ne sont en fait que conséquences de la peur de ne plus vivre de rêves bleus. L'amour est un instant. Il se vit, puis disparait , résonnant uniquement dans le vide qui lie.
Alors pourquoi tout cela? Pour maintenir une certaine cohérence. Parce que ce qui me permet de parler actuellement sur ce blog est également construit de mécanismes complexes de préservation de la santé, de l'identité, et fonctionne beaucoup sur le principe des désirs. Finalement, la réalité n'existe pas, puisque l'univers en somme n'est que ce que l'on en perçoit.
De fait, je vis actuellement un amour parfait avec son fantôme. Problèmes de conscience le Juju? Peut-être bien. Mais il faut parfois dire merci pour une écuelle alors que l'on attendait une assiette.
La réalité est une question de perception, la vie une question d'acceptation.

Cette photo, prise en Bretagne, un été lointain, est celle qui se rapproche le plus de comment je me vois.