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III

"Assis au bord des falaises métaphoriques, j'attends l'oblitération." Le genre de phrases qui me viennent, et que j'aime bien. Pas suffisament pour en faire une chanson, mais bon. La langue française a cette particularité de posséder une musicalité intrinsèque suffisante à faire de toute phrase au vocabulaire plurisyllabique quelque chose qui sonne, résonne, et acquière une certaine consistance, beauté, qui s'accroche au temps, à l'espace, et toute autre dimension que ce foutu Higgs arriverait à lier. J'ai beaucoup à dire ce soir. Ca va être bien. J'aime ces moments de feuille noire où tout reste à être posé. Le bruit de la machine à écrire. Merci Q10.

"L'afflication est un parfait stigmate qui se nourrit de l'humiliation". Pas de moi celle-là. De Eths. Leur nouvel album tourne en boucle dans mes oreilles. Prodigieux. Un métal complexe et subtil qui martèle la carapace, Candice rampant à la surface, cherchant une fissure où s'engouffrer pour y chanter douceureusement, laissant s'ouvrir la volonté d'ether, puis arrivent les refrains mortels, pleins de puissances, et chantés en français, car rien n'est plus puissant qu'une déclamation envoutée à moitié proférée, moitié chuchotée, moitié hurlée dans la langue de mes rêveries. Une schizophrénie rampante, puis caressante lorsqu'il faut. Qui fait mal lorsque ça fait le plus de bien. Ouais, je sais, mon style est moche et pompeux. Et alors ?

 

III, le premier des nombres premiers (j'en ai toujours voulu à deux d'être pair). Le nombre le plus facilement fascinant. Même les littéraires l'aiment bien. Je leurs parlerais bien de 73, mais ça les ferait chier, je crois.

 

Je crois qu'à travers cet hymne à l'autodestruction qu'est "III", j'ai découvert quelque chose. Mes tentatives pitoyables (dont fait partie cet article, soit dit en passant) de m'exposer à l'autre, de partager avec lui, ne sont peut-être pas le fruit d'une complète désespérance faisant fi des dernières distances que je pourrais mettre entre autrui et moi-même, mais bien d'une exhibition volontaire. Prêter le flanc pour se faire mal. Pour se détruire un peu plus. Je crois m'être trompé de colère dans mon interprétation. C'est moi, et toujours moi que je veux détruire. Et ce n'est pas par la haine et la méchanceté que j'y arriverais; ça renforce, ce genre de choses. Non. C'est par la gentillesse. Par les caresses à l'autre, qu'il me renvoiera dans la gueule. Par cette constante humiliation qui consiste à toujours donner plus de soi, même et surtout lorsque ce n'est pas sollicité.

Je ne peux pas être stupide et naïf au point de croire encore qu'autrui s'intéresse réellement à moi. Du moins en général. Qu'est ce qui peut bien me faire envoyer toutes mes découvertes au maximum de monde, et ce sans limitation, alors que c'est probablement ce qui me touche le plus, ce qui se rapproche le plus de ce que je suis ? Le genre d'acte que la pudeur, ou du moins, la volonté de sécurité, réprouve. Et si c'était tout simplement de voir accompli le travail d'autres que je n'ose pas faire ? Me détruire. Encore un peu plus. Me rouler dans la boue. Et si c'était un désir inconscient de casser l'image d'être parfait que ma mère a implanté en moi ? Et si c'était pour ça que j'étais tombé amoureux d'une fille qui, en dépit de ses ressentis, n'était capable que d'exprimer le négatif, le pire ? Quelqu'un qui arriverait, par son cynisme, à me faire tomber. A me tuer, un peu plus. Me faire sombrer dans la dépression ? Cette dépression chérie, à laquelle j'aspirais, déjà en primaire, dans la cour de récréation. Ca expliquerait pourquoi je m'y suis accroché à ce fantôme pendant 6 mois, alors que j'ai sû dès le moment où elle était passé chez lui alors que je partais pour 3 semaines que tout était fini, que je l'avais perdue. Comme lorsque l'on perd une pièce maîtresse aux échecs, et qu'on sait que le reste n'est plus que détails. Le reste n'a été qu'une volonté d'avoir raison.

Jusqu'alors, je m'en suis toujours foutu d'avoir raison. Une petite caresse à l'ego, toujours. Mais j'ai toujours trouvé plus intéressant qu'on me renvoie que j'avais tort, et surtout à l'endroit où ça fait le plus mal : l'intellect, l'abstraction, ce qui fait de nous des hommes, et non des bêtes. Et le fait de se le dire ne consiste-t-il pas une flatterie de l'égo ? break; /* ça nous évitera une boucle infinie*/

Le problème de cette théorie, c'est qu'elle me plaît. C'est malsain, une théorie sur soi qui plaît, je trouve. Comme si, au fond, on devenait l'accomplissement de ce qu'on avait voulu être. Ca encourage à stagner, cette merde.

Aujourd'hui, j'ai découvert un album fabuleux. Ce soir, j'ai fini un bouquin qui avait de grandes qualités. J'aime le fantasme d'Asimov sur la toute puissance des maths. Lorsqu'il fait parler ses psychohistoriens qui parlent de leurs démonstrations, on comprend ce dont ils parlent. Trop vrai pour être inventé.

Je commence à revivre. Précisément (peut-être ? hihi) parce que je ne veux plus rien espérer du monde. Je crois que je deviens odieusement morbide. Comme la fille qui couche avec n'importe qui (image réccurente, mais ô combien fascinante de l'inconscient collectif occidental), je me coucherais sur le papier avec qui le veut. Viens mon amour, viens t'étendre, montrer tes côtés les plus sales, chie moi dans la bouche, que j'en redemande.

 

Qui est trop faible pour ce monde vivra dans la métaphore. Et c'est sûrement ce qu'il y a de plus réel. Après tout, une autre orthographe serait "méta-fort". C'est rigolo quand on y pense. Ca voudrait dire "fort, mais d'une autre façon que traditionnellement". Un scientifique (mais un vrai hein, un physicos ou un matheux) dirait "dans une autre dimension". Après, ça reste moche, le concept de force. C'est anti-réceptif. Ca résiste à la pensée, à quelque chose qui voudrait se remettre en question. Hier, je suis passé en bus devant un bâtiment où des flics débarquaient en force, avec camion et tout. En rigolant, j'ai dit à un pote "tu vas voir que c'est un français qui en a eu marre des allemands et qui a décidé de tous les shooter histoire de". Le soir, sur les infos : un français tue 4 personnes avant de se donner la mort. Malaise passager. Je suis trop un connard pour même avoir conscience des choses. Je me suis engoncé dans un carcan d'abstraction tellement épais que je ne peux que trouver à rire de la pire des situations. Je suis tellement perclu dans mes références à la con que j'en ai oublié le sens des choses. Peut-être histoire de me préparer au moment où la réalité me rattrapera. Et alors peut-être, je suppose qu'une part de moi l'espère, il ne restera plus que du vent. Et je pourrais me construire. Devenir un homme, enfin.

 

Je reste sur ces lignes uniquement pour le plaisir d'écouter cette musique en boucle, et de taper sur ce fond noir, en caractères bleus. Je triche, j'écris ça après le dernier paragraphe. Ca ferait pas une jolie fin. Maintenant, je ne fais que broder en attendant d'avoir envie de dormir. Enfin. De laisser la fatigue s'emparer de moi. Non, en fait, ça m'emmerde de taper. Je vais me contenter de fixer l'écran bêtement en attendant la fin.

 

 

Anatemnein. Je voulais finir sur le nom de la chanson apothéose de cet album. Je vois des vignes qui rampent autour de mes bras. Les chuchottements montent pendant que la batterie se charge d'augmenter le rythme et de faire croire que c'est la guitare qui fait le boulot. Le refrain est percussif, simple, leitmotiv réccurent, obsédant. On monte, et on descend. On ne se sort pas de la boucle. Un piano pose une basse simple. Mais uniquement pour poser un fond aux chuchottements obsessionnels de Candice, où percent déjà des accents de folies, brêves envolées lyriques qui s'envolent en hurlements pendant que le refrain reprend, toujours plus assuré, présent. Il est là, et rien ne le détrônera, même lorsqu'on croit l'avoir oublié. Les variations se multiplient en arrière plan. le fond se construit. On prépare la suite, parce que la destruction n'est pas pour tout de suite. Elle chuchotte. A la limite des pleurs. Faites que ça s'arrête, doit-elle se dire. Il ne reste plus que la basse, et une faible percussion. Chuchottements. Silence. Montées de claviers type rammstein des débuts. Vagues et remouds. Des nappes de violons remplacent la chose informe qui finit par se mourir. Déception pour une fin de chanson de ne voir sa fin que préparer l'avènement d'une autre. Après écoute, Adonaï est belle aussi. Mais chut, c'est un secret.

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