Description du blogueur ?
Ce soir, comme d’hab, je force ma chatte à prendre trois médocs. Chacun prédécoupé en avance parce que c’est jamais les bonnes doses. Elle va mourir, bien sûr, mais plus vite si jamais je ne la soigne pas. Si jamais je ne la force pas, tous les soirs. J’ai trouvé une façon d’y broyer et d’en faire des seringues à mettre dans la pâtée. Ça pourrait s’arrêter là. Sauf que je ne le fais pas. J’ai besoin de ce rapport corporel à la chose. Incarné. Le fait de me confronter à la violence de l’immobiliser, de lui faire ouvrir la bouche, de la forcer à avaler, et de masser sa gorge après pour m’assurer que le traitement est bien passé. De me sentir comme la pire des personnes du monde pendant tout le processus. Et de compter toutes ses griffures comme des scarifications nécessaires. Souvent, de ne pas les désinfecter, juste pour se sentir mal encore un peu plus longtemps.
Parce que c’est ce qu’elles sont. Elles sont mon rapport à ça. À ma gestion du soin. Du soin qui m’a été imposé, depuis que je suis gamine. Des massages, puis les chatouilles, que mes kinés me faisaient pour me déposséder de mon corps. Ce corps si mal-fonctionnel. Aux traitements, que je devais prendre pour que je survive. À la dépossession de tous ces temps de vie, où je devais exister dans cette survivance mécaniste de passer son temps à vivre pour préserver la précieuse machine que visiblement était mon corps.
Évidemment, ma survie est due à des milliers d’heures de peut être un millier de personnes soignantes. Et j’en ressens une culpabilité à exister. Le monde ne m’intéresse plus tant (je mens), et ce depuis bien longtemps. Des fois il me surprend en bien, au plus. Je me passionne, et je le fais fort. Tout comme les PNJ de l’Enfer de Hazbin Hotel. Did that trigger you ? Good.
Je me force à vivre, exister. Et à tout choisir, la masculinité m’a toujours fait gerber. Bonne chance aux mecs trans de l’habiter d’une façon éthique, je leur laisse avec tout l’amour du monde.
J’ai découvert que j’étais trans. Mais j’ai la mucoviscidose, et je crois que c’est mon genre principal. Non binaire. Suicidaire. Parce que quand on est malade à ce point, les attentes sociétales devraient être recontextualisées.
À force, je me dissous dans cette existence qui continue à ne pas vouloir de nous. La dépression me rattrape, l’alcoolisme en devient pote, et une sale boucle s’installe. Je ne suis pas à plaindre. Je devais mourir à dix ans. Remember ? Caw Caw.
J’aimerais que ma chatte parle. Et je ne sais pas vraiment si j’en ai envie. J’aimerais qu’elle comprenne pourquoi je fais ça. Je lui dis en acceptant les griffures qu’elle me fait. Et elle ne le fera pas. Vous n’êtes justes pas dignes de Sa Parole. Moi non plus, c’est un esprit libre. Je vais l’accompagner sur sa fin, qu’elle le veuille ou non.
Et maintenant tu as le switch. Comment on gère le consentement ?
Ma chatte va mourir dans cette décennie. Moi aussi, peut être, ça dépendra de la commu. J’ai rempli ma check-list. Pleinement. Mais j’attends encore les anges qui me prendront par les épaules. Mais je suis là, et j’existe. Et la fierté queer qui m’a donné la force de relever la tête de l’eau, juste de recommencer à écrire. J’ai la hargne. Pas spécialement de vivre, mais ça viendra. ET JE SAIS QUE ÇA VIENDRA.
…
Ça viendra, hein ?