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Et quand tout va si bien

Force est de constater que la promesse initiale n’a pas été tenue. Les poétiques aléances ne sont pas prêtes de resurgir, d’autant plus maintenant que l’éloge de la médiocrité est un concept publié. Plus le fil est tenu…

 

Je ne me sens plus capable d’exprimer mes sentiments. Ou plutôt, je ne leur trouve plus droit d’existence. Beaucoup de choses ont bougé en moi, et je me rends compte que ce qui me permettait d’être aussi sûre de mes affirmations, aussi amoureuse de mes mots, était, au final, dû à un manque d’analyse. Je suis un pur produit d’une construction petite bourgeoise de banlieue. Cette caractérisation résonne comme une assignation, au final. Assignée mec, de naissance, je… cette phrase me fatigue déjà d’avance, tu vois où je vais.

 

J’ai un réservoir de haine dans le corps que je n’arrive pas à comprendre. Il ne ressort que dans des moments où je me sens extrêmement vulnérable. Paradoxalement, je passe mon temps à chercher des moments à m’exposer, quitte à ce que ça passe par un excès de boisson, de sexe ou de decibel. J’ai besoin de dire à ma.on partenaire que je l’aime pour jouir pleinement. On dirait que je tente de recréer une connexion à mes émotions, comme si les émotions violentes, celles qui me font pleurer, me rendent instables, me donnent envie de mourir pendant deux jours quand je les aies ressenties, j’ai fini par les mettre dans une grosse malle quelque part dans laquelle je vais piocher quand je veux. A un moment j’ai beaucoup fait des allusions au Dr Jekkil, mais du coup Mrs Hyde c’est encore plus dur à gérer comme concept si on décide de l’écouter.

 

Je commence à ressentir profondément que je n’ai attiré la plupart des gens qui sont resté.es dans ma vie uniquement parce que je me haïssais. C’est rassurant, d’avoir quelqu’un d’hyperactif et passionné par tout qui va te valoriser et en même temps te faire comprendre qu’ielle se sent comme une merde, je pense. J’imagine. Circulaire, le raisonnement ? Naaaaan.

 

Je crois que sincèrement en moi est imprimée la croyance que je ne serais jamais appréciée pour qui je suis, parce que je suis haïssable, et de fait la seule chose que je peux faire, c’est de rajouter des passions au CV, en espérant qu’un jour j’aie le droit d’exister. Rationnellement, je vois bien que c’est juste que les gens ont autre chose à faire dans leurs vies que me valider. Mais bon. Le sentiment reste résiduel.

 

I won’t let this build up inside of me… anymore

Du coup je vais te faire, lecteurice, ma naissance conceptuelle comme je la vois d’un point de vue bourdieusien. Je ne parlerais pas de comment les sciences m’ont sauvées et pourquoi j’adore l’épistémo. Juste de mes conditions matérielles.

 

[CW : Violence, maladie]

 

Pendant des années, j’ai associé ça à ce que j’appelais mon « syndrome de Pinocchio », à savoir le fait que à cause du fait de ma maladie, je réclamais l’approbation des autres pour pouvoir devenir un vrai petit garçon, qui lui aussi méritait l’amour. Ce sentiment d’illégitimité ne m’a jamais quitté, et la lecture de Bourdieu ne m’a pas aidée dans cette voie.
 

Au final, je commence à creuser, et je me suis rendue compte que mon père est revenu de plus en plus souvent dans toutes mes réflexions. Qu’on ne se trompe pas, grâce à son travail et sa compromission à Merck puis Mylan, il nous a assuré un train de vie tout à fait enviable.

Les traumatismes d’adolescences ont commencé à refaire surface. J’ai commencé à voir des situations qui étaient clairement de la violence psychologique et des fois physique (« ça va, il m’a juste dégagée de son chemin. Oui bon, c’était effectivement dans un meuble avec un angle, ça m’a coupé le souffle, j’ai saigné, mais au moins il ne m’a pas tabassée à coup de noix » (ce que faisait apparemment son père à lui) ). Je me rappelle de ces repas interminables où il faisait la gueule, imposait sa figure de spectre, comme celui de Chateaubriand, ou de la mère absente dans Courtney Crumrin, et nous balançait à la gueule sa serviette et son assiette, royal, avant d’aller s’isoler dans son bureau, pour aller se pinter en secret, honteusement.

 

La seule fois où j’ai pu le dominer, c’est quand il m’a gueulé dessus « tu ne me parles pas comme ça je suis quand même ton père » après six mois où il se foutait de moi dès que je parlais et que je lui ai répondu un truc trois fois plus fort. Je ne me rappelle plus ce que je lui ai hurlé à la tronche, mais je me rappelle que c’est la première fois que j’ai vu la peur dans son visage. Il est parti en pleurant. La force qui m’a permis de lui résister, elle m’est venue du métal, indéniablement.

 


[CW : Pédophilie Soft, Alcoolisme, Misogynie, Validisme, en fait tout. ]

 

Je n’ai pas été violée par mon père. Mais j’ai grandi dans un contexte incestueux. Et depuis que j’ai vu les études sur le sujet, ça explique beaucoup de choses dans mon rapport à l’abandon, l’emprise, l’hypersexualité, la dépendance affective… Au consentement aussi, malheureusement.

À ce jour, sa réponse est toujours « va te faire soigner ». Venant de quelqu’un qui n’a jamais pu approcher un.e psy avec bâton, je pense qu’on sait à peu près à quoi s’en tenir.

 

Je vais vous parler un peu du personnage. Lorsque je suis née, j’étais la troisième tentative après deux fausses couches particulièrement traumatisantes. Ma mère m’a souvent dit que j’étais son « petit miracle ». Sauf que voilà, à trois mois, je ne prends toujours pas de poids, elle s’inquiète, les médecins misogynes lui expliquent que c’est sa faute, que son lait n’est pas assez nutritif. Elle persiste, et obtient qu’on me diagnostique. Surprise, on trouve une mucoviscidose. À l’époque, la maladie a une espérance de vie de 10 ans. Elle est soignante, elle sait exactement tout ça. Elle décide de s’accrocher. Le père accepte de la suivre. J’imagine qu’à ce moment il se croit un sacerdoce en mode « tu feras l’hôpital, je ferais la pharmacie ». J’ai lu ses lettres d’amoureux, j’aime à penser qu’il était pas si con avant que le capitalisme lui nique la tête.

 

Autour de mes un ans, le frère de ma mère, après des années d’alcoolisme et suite à la torture mentale opérée par mes grands parents sur sa personne, finit par se suicider ( évènement sobrement commenté par mon père par « de toute façon, ton frère, je ne l’ai jamais encadré » ). Ma grand-mère finit internée, ma mère doit toujours gérer un enfant en étant technicienne en hôpital.

C’est le moment parfait, pense mon père, pour se trouver une maîtresse, parce que ma mère « ne lui donne plus assez d’attention et fait quand même la gueule ». Manque de bol, ils ont un accident de voiture dans leur escapade. Elle finit paralysée, il finit indemne, et revient la queue entre les jambes… Pour ne jamais lui reparler. Il a sûrement plein de qualités mais le courage, on oublie.

 

Elle. Le. Reprend.


Je n’ai pas encore deux ans. Elle a peur pour moi, puis pour nous. Elle lui pardonne. Ils achètent une maison.

 

Il s’est passé plein d’évènement traumatiques, mais on va faire une avance rapide.
 

À mes cinq ans j’ai eu la chance de rencontrer ma sœur, qui reste ma meilleure amie.


Suite à son contrat qu’il a établi par et pour lui même, il n’a jamais considéré que venir à un seul de mes entretiens trimestriel à l’hôpital était de rigueur, parce que c’était le domaine de ma mère. Il a arbitrairement considéré que lui ramènerait la tune, ce qu’il a fait, et ce à n’importe quel prix.

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Bon, là vient le propos soft pédo. À l’époque il faut bien comprendre que pour nous tout ce qui va suivre était vraiment normal. À la base ça vient d’une intention féministe hippie un peu basse du front et surtout vraiment dépolitisée :

Nous avions pour règle à la maison que tout le monde pouvait être nu.e chez nous après 18h, parce qu  « un zizi et une zezette c’est pareil ». Mais du coup ça interdisait la présence de quiconque à la maison après cette heure. Autant dire que les pyjama party on oublie.

 

Tout le monde pouvait prendre des bains avec tout le monde (et oui ça n’a pas changé à la puberté. Le moment où ça a changé a été quand ma mère m’a reproché d’avoir une érection que j’avais à cause de l’eau chaude… à 13 ans. Mes premières érections étaient à 6 ans.)

Se faire des bisous sur la bouche c’était exigé. (on a encore une photo pour prouver qu’on était pas d’accord et qu’on nous a forcées, et je n’ai clairement pas 10 ans.).

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J’ai dix ans. Il avait souvent des accès de parano, mais un jour il vient me voir, et me dit de but en blanc : « tu es un ado, tu as un complexe d’œdipe, tu veux tuer ton père ». À partir de ce moment là, il m’a considérée comme une ennemie, et je ne pouvais plus faire un choix sans que ce soit en antagonisme avec lui. Il a toujours refusé de me partager ses sois disantes passions qui seraient la photographie et l’informatique.

De là on va faire un résumé, mais j’ai vécu des années de chantage affectif où je pouvais acheter des cours de guitare, le droit de voir ma copine, le fait d’avoir les cheveux longs ou des chaussures en fonction de si je lui faisais des bisous, et je frissonne à l’idée de ce qu’il m’aurait donné si j’avais pris un bain avec lui à 18 ans.

J’ai pris la décision en début d’année de couper tous les ponts quand il a décidé de me mégenrer encore et encore, et surtout de montrer son incapacité à ne pas comprendre le concept d’excuse.
Ma mère l’a très bien compris, et on a pu se reparler. Ma sœur c’est la meilleure, je veux rien entendre.

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Je me rends compte que j’avais plus à raconter que ce que je croyais. Je pense que maintenant je peux avancer plus fort, maintenant que tu sais, lecteurice perfide.

 

Rédigé sur du slipknot.

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