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Je ne sais même pas si j'arriverais à coucher toutes les idées que je veux mettre dans cette article, tant ça tourne et retourne dans ma caboche en ce moment. Tout s'entremêle, s'entrelace, apparaît, disparaît. C'est un foutoir inommable. A vrai dire, je n'ai aucune envie de me forcer comme je le fais à écrire cet article. Mais je crois qu'il est important que je me pose. Que j'arrête la masturbation à la con, et que je commence à essayer de me poser.
Sans savoir ce qui l'avait déclenché, j'ai eu un genre de crise, il fallait que je parte de la chambre. J'ai laissé mon colloc comme une merde, sans une explication. Le fait qu'il n'ait pas bougé entre mon départ et mon retour (~1 à 2h) m'indique que ça n'a pas dû le traumatiser. M'enfin, je ne fais jamais ça, d'habitude. J'avais besoin de fondre, de ne plus penser, de stopper les choses. Alors j'ai pris l'album qui me mettait le plus en transe, celui qui prend les commandes, me transforme en pilote automatique : Ultraviolence über Alles. Ca a marché. J'me suis retrouvé dans le Schloss du Château de Karlsruhe, et là, ce que je devais faire s'est imposé à moi. Je devais m'asseoir contre un arbre. On aime les stéréotypes ou pas; moi j'adore. Ca en dit tellement sur nous. Bref.
J'ai entendu Hreidremaar débiter sa haine, j'ai essayé de me laisser porter. J'ai enlevé mes chaussures et mes lunettes, et j'me suis mis dans une position sans doute ridicule : les mains et les pieds fermement appuyés contre le sol, le dos épousant le tronc de l'arbre. Comme si j'voulais me prendre pour une racine. C'était confondant. Un temps, l'impression de faire partie d'un tout plus grand, un truc qui avait un sens. Bonheur simple et débile de celui qui cherche encore à métaphoriser sa vie alors qu'il est le premier à le railler, et qui a le sentiment d'avoir réussi, un temps du moins.
Je me suis forcé à repenser à elle. A toutes les fois où on s'est foutus sur la gueule, toutes les phrases qu'elle a eu qui m'ont rendu fou. J'ai repensé à toutes les fois où on a voulu y croire, où on en pleurait parce qu'on croyait s'en être sorti, l'un dans les bras de l'autre. Même les bébés ne dormaient pas aussi bien. Et pourtant, instants vite balayés. Nos peurs respectives du rejet ont fait le reste. Je me suis forcé à pleurer, toujours sans succès. En revanche, je me suis amusé à imaginer ce que j'aurais pu faire les fois où elle a essayer d'établir le contact, et où je l'ai envoyée chier, juste parce que j'avais trop mal, et qu'il fallait que je lui rende, d'une manière ou d'une autre.
Là, j'ai envie de partir sur deux thèmes en même temps, donc je vais en noter une et partir sur l'autre. Il est un humain, comme moi.
Le paradoxe dans cette histoire, c'est que jusqu'à ce qu'elle décide de couper tous les ponts, et la connaissant, ce sera sans doute perpétuel, ou du moins très long, par peur d'être rejeté, je pense maintenant (c'est la seule explication logique que je puisse trouver), je me suis comporté comme le pire des idiots. Et j'ai failli recommencé la chose avec J. Mais j'essaye de corriger le tir, cette fois-ci.
Je me suis comporté comme un idiot, disais-je. Comme si, inconsciemment, non content de torpiller toute confiance en moi, et par extension toute entreprise que je pouvais envisager, je cherchais aussi à me faire haïr de tous, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. Une réflexion un peu puérile que j'avais il n'y a pas si longtemps était que, quelque part, j'ai toujours voulu être un méchant de comics. Mais si il y a une chose qu'ont tous ces personnages en commun, c'est qu'ils ont tout perdu. C'est d'ailleurs très bien illustré dans "Dr Horrible sing along's blog" de Joss Wheddon. Le héros ne peut devenir Dr Horrible que par l'assassinat de sa dulcinée. Peut-être ai-je aussi cette pulsion non pas de mort, mais belle et bien morbide, qui voudrait que je m'éloigne de tous, bien que je ne me supporte à vrai dire plus réellement. Ca pourrait expliquer ce comportement jaloux, qui voit à court terme, avide de niaiserie, et qui attache de l'importance à des choses au demeurant futiles et peu productives, en totale contradiction par ailleurs avec tout ce que j'ai essayé de bâtir ou d'être pendant toutes ces années.
Cette idiotie, je la retrouve aussi dans mon expression de tous les jours. J'étais jadis quelqu'un d'assez ironique, souvent au second degré, toujours avec un bon mot qui traînait, surtout quand mon furêt et notre acolite poissonante étaient là pour assurer l'adoption d'une rame. Je ne suis plus que premier degré (il faut dire que deviser avec les allemands toute la journée n'aide pas, jamais vu des poissons aussi bullants...), et les jeux de mots ne me viennent plus. Je crois que les maths aidaient à la chose également. Garder l'esprit vif, même après 3h de sommeil. Ce que j'aimais ça. Je ne vois pas comment le regagner. Je ne crois pas être capable de grand chose à vrai dire. Je n'arrive pas à m'imposer une quelconque discipline, et ça ne date pas d'hier.
Deuxième partie. Il est humain. Certes, surdoué, peut-être. Peut-être excellent dans mes domaines fétiches comme la musique, le sexe ou les jeux vidéos, sûrement même meilleur que moi. Mais sans doute avec ses défauts. Mais le fait qu'elle l'ait choisi à moi l'a transformé dans mon esprit en une sorte de métaphore de l'échec. La névrose s'est tellement empirée que j'en suis à ne plus pouvoir me motiver pour quoi que ce soit parce que j'ai un petit démon sur l'épaule qui me répète "de toute façon, il le fera mieux que toi". C'en est obsédant, déprimant, démotivant comme l'enfer. Je n'ai jamais fonctionné au défit, à la comparaison. Et maintenant, alors que personne ne l'a fait (enfin, elle, de temps à autre, mais je pense qu'elle a essayé de limiter la casse la plupart du temps), voilà que je me l'impose, comme pour me garder la tête sous l'eau.
Le fait de la savoir mieux avec lui dans des moments intimes m'a profondément fait douter de ma virilité. Car quand bien même n'y attache-t-on qu'une importance modérée, l'identité sexuelle joue un grand rôle. Et cette chute de piédestal, aussi futile soit-elle, puisque, comme toujours, il n'est question que de technique, m'a profondément marqué. Ca m'a fait me poser toute sorte de questions, et principalement le rapport que j'entretiens au sexe. Visiblement, il y avait quelque chose de malsain là dessous. Mais était-ce ma relation à elle ou au sexe qui était malsaine ?
Je ne peux qu'apporter des pistes à ça. Mais je pense que le fait qu'elle m'ait toujours glorifié a fini par me faire l'associer à une possession plus qu'une personne à part entière, avec ses désirs, ses attentes. Au final, quoi que je fasse, je serais toujours la glorieuse Roupinette. Et même si les gens sont cons, et bien, elle, au moins, elle était là. Ne plus l'avoir pour moi, d'abord dans un temps partiellement, puis de plus en plus, jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'un objet de jalousie, m'a fait lui en vouloir, parce qu'au final, je pense, elle ne remplissait plus le cahier des charges de la machine à glorifier. Et si la machine à glorifier ne veut pas de toi, eh bien, c'est que personne le voudra. D'où un mélange de profonde haine de soi, mais une envie de combattre, de dire "reviens moi". Bien entendu, dans ce cas, c'est la pire des choses à faire. Et ça l'a été.
Je crois que c'est la première fois que j'arrive à poser vraiment mes idées, mes pensées, sans que ça ne me choque dans la formulation a posteriori. D'habitude, je me trouve larmoyant, mais là, non. (oui, je sais, c'est très autocentré, m'enfin c'est ma séance d'exhibition, alors zut).
J'ai commencé en parlant de masturbation, je finirais donc pareil.
J'ai regardé un film récemment qui m'a profondément marqué. Violent, touchant, impressionnant. Il s'agît de Antichrist de Lars Von Trier. Une des scènes les plus violentes à mon sens est celle où l'héroïne, en proie à un delirium, se retrouve au pied d'un arbre, et se masturbe violemment, frénétiquement, comme pour accéder là, tout de suite, à un réconfort urgent, une chasse d'eau spirituelle. Ca m'a rappelé certaines de mes masturbations (ça y est, j'ai franchi le pas, j'ai parlé de ma sexualité sur mon blog. L'en aura fallu du temps) dans la recherche à tout prix de quelque chose que l'on n'obtient de plus que rarement, mais ça n'empêche jamais d'essayer. Comme un genre de catharsis, de recours absolu en cas de nécessité. De sonnette d'alarme. Tout à l'heure, j'ai ressenti ce besoin, au milieu du parc. Ca n'avait rien de sexuel, c'était juste protecteur, un pur réflexe. Et ce n'est qu'en revenant (donc une petite demi heure après) que je me suis rendu compte que j'étais dans la même configuration que cette fameuse héroïne, sous cet arbre. Image troublante, transcendante, donc. Obsédante, du moins.
Je crois que c'est tout pour ce soir. Bizarrement, je me sens un peu mieux. Plus cohérent. Posé. Peut-être que ça existe vraiment, ces conneries de vertus de l'autobiographie. <chef burgonde : mode =on> BIOGRAPHIIIE </chef burgonde>

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