Description du blogueur ?
Par où commencer ? Je crois que c'est toujours le problème. Bref. Bla bla.
Plus j'y regarde, et plus tout me semble masturbation. C'est le problème de tout regarder avec un trop haut degré. "Se prendre la tête" comme diraient certains. J'aime bien, parfois. C'est bien ça le problème. Est-ce que ça fait de moi quelqu'un de vertueux, ou au contraire indiciblement imbu de ma personne ? Le problème est que dans le premier cas, je tire ma suffisance de cet état de fait, et de fait le premier devient le second, mais à un degré plus pervers. Je m'explique. Si j'emprunte une voie que je considère comme plus vertueuse, et que les autres ne le font pas, de fait, je suis ipso facto plus vertueux qu'eux, du moins sur ce point particulier. Et c'est suffisant (joli jeu de mot) pour me faire basculer de l'autre côté.
Plus rigolo, si jamais j'inverse le raisonnement. Passer son temps à se considérer comme une merde, ou donner à son inaction l'excuse d'être paumé, ça reste du narcissisme. Pas moyen de sortir de ce cercle. Dès qu'on essaye de se donner une consistance, on passe du côté de la masturbation. Mais se sentir bien avec le concept de "ne pas être entier", c'est s'inclure dans un paradigme, tout nihiliste qu'il soit, et de fait, ça reste de la masturbation. Le choix se résume donc au suivant : ou bien se comporter comme un animal, baiser, bouffer, chier, et point barre, ou bien être définitivement une pauvre merde contemplative. Le genre de luxe que l'on ne peut s'offrir que lorsque l'on vit dans un pays riche, soit dit en passant. Mais il faudrait être con pour croire qu'on peut s'accorder à philosopher avec le ventre vide.
J'ai peut-être trouvé mon stage, et donc ma thèse. Ca va mieux que jamais avec J. Au contraire des autres, elle me semble de plus en plus saine d'esprit. J'aime être avec elle. Elle ne me donne jamais l'impression d'être une sombre daube; ce qui change. Je trouvais dans le fait que F. se comporte de manière méprisante avec moi un genre de réconfort, comme un "rappelle toi que tu vas mourir". En latin c'est plus classe, mais je suis trop une keach pour m'en rappeler sans faute sur les désinences. Au final, le fait d'être avec J. m'apporte des choses. Je crois avoir exploré pas mal ce côté là de la dépression; en changer ne me semble donc pas une mauvaise idée.
Un truc que je trouve vraiment fendard en ce moment, c'est que je n'arrive pas à m'ôter leur couple comme métaphore personnelle de l'échec de la tête. C'est à dire que je pense sans arrêt à des phrases à la con qui me reviennent, et avant de m'endormir, je passe un temps pas possible à m'inventer des prétextes pour les faire souffrir, les ridiculiser. Bien entendu, il va de soi que je ne souhaite rien de tout ça, et que je désapprouve viscéralement cette pensée.
Mais du coup, c'est intéressant. Ca résiste. Pourquoi ne puis-je outrepasser cette sorte de rivalité primale ? En ai-je besoin pour me construire dans ma vie future ? Je ne leur dois rien, et je doute qu'ils me veuillent un quelconque mal. Alors pourquoi j'ai besoin de son respect ? Le sien, à elle, qui arrive à systématiquement passer pour une débile à chaque fois que je lui parle ? Envie qu'elle me regrette, ou quelque chose de plus profond ? Un truc qui me fait poiler, c'est aussi le fait que je veuille son bien, mais que je ne veux pas qu'elle sache que j'y suis pour quelque chose.
Au final, ce n'est pas elle qui m'intéresse. Elle, elle vit sa vie comme elle peut. C'est la projection que j'en ai fait dans mon inconscient. Mais je patauge. Au moins, ça me fait un sujet de masturbation intellectuelle. Le problème, c'est que j'y pense bien plus que je ne le voudrais. J'ai l'impression de délaisser ma pauvre copine, qui elle, a l'air complètement obsédée par moi. Je ne m'en sens pas digne.
Au final, j'ai l'impression que F. et moi nous méritions parce que nous étions deux êtres mauvais, néfastes, délétaires. Nos J. respectifs sont probablement plus sensibles, moins territoriaux, plus amoureux, moins obtus, plus cultivés et plus doués. Un genre d'incarnation de nos complexes personnels. Il semble naturel qu'ils nous aient remplacés. Mais le méritons-nous ? J'ai peur de la briser. Son sourire. A chaque fois que j'y pense, j'ai les larmes aux yeux. Même quand je la vois en vrai. Tellement d'abandon et de douceur dans ce regard.
F. m'a toujours fait comprendre que je n'arriverais jamais à pénétrer son mur intérieur. Et elle avait raison. A ce jour, je suis infoutu de savoir qui elle était. Alors qui elle est... Je suppose que c'est pour ça que j'ai du mal à croire que j'aie réussi à lui faire du mal. Il n'était jamais question d'elle dans nos discussions. Soit c'était comment sa famille craignait, soit comment la mienne était pire. On peut étendre ça aux amis. Parfois, des sujets généraux comme des films, ou des livres. Mais jamais sur ce qu'ils apportaient personnellement. Juste ce qu'on y aimait, ou pas. Je suppose que les lignes étaient trop serrées pour que je puisse lire entre. Et si elle essayait de me dire quelque chose, je suppose que ça a dû la blesser odieusement. Il paraît qu'en plus de voir dans le noir, d'être champion de judo, d'être surdoué, d'avoir, LUI, un père mort (bah oui, quel connard je veux, moi qui ne suis même pas orphelin et qui me prétends paumé), d'être bodybuildé comme un Dieu grec et de m'écraser dans tout ce que je pourrais entreprendre, il lit dans les esprits. Dans le sien du moins. Je suppose qu'avec lui, elle réussira à s'ouvrir. Ca fait mal, mais c'est sûrement mieux comme ça. C'est ce qui arrive à tout le monde aujourd'hui, d'être remplacé par plus performant. Et elle l'a fait, assurément. D'ailleurs, elle n'a pas pu s'empêcher de me le faire savoir.
Mais tout ça, et bien, ce n'est pas le cas pour J. Je me sens... désemparé. Et j'ai peur, vraiment peur, de faire quelque chose de vraiment mal. J'ai peur de pouvoir détruire quelqu'un, et de le faire, par mon égoïsme et ma stupidité. J'ai peur aussi d'être avec elle pour des raisons inavouables, telles que le fait que quand elle me regarde, je ne me sente plus si misérable, ou quand elle me concède un point dans un débat, je lui accorde une vraie valeur.
En apparence donc, tout va bien. J'ai peut être même un projet musical qui pourrait décoller. Mais au fond, des brèches qui s'étirent. Qui sait quand les craquelures seront apparentes ?