Description du blogueur ?
Retour en France depuis une quelques semaines. Renaissance. La folie du retour commence à s'estomper, et la vie prend un cours. Je ne dirais pas qu'elle le reprend, parce que pour l'instant, la rupture est consommée. Mes relations avec pas mal de gens ont évolué, et pas de la pire des manières, je dois bien avouer. Contextuel. C'est le qualificatif que j'emploierais pour décrire mon état actuel. Lorsque je suis avec des amis proches, je suis rigolard et amical. En soirée plus peuplée, je me comporte comme le connard de base qui s'étale tellement qu'il éclabousse tout le monde, mais qu'on aime bien avoir, au final, puisqu'il fait l'animation. Lorsque je suis avec J, je suis amoureux, et en famille, et bien, familial dirons-nous, faute de mieux. Mais là où ça devient intéressant, c'est lorsque l'on me laisse livré à moi même. Certes, je suis un peu plus créatif qu'avant mon départ. Je programme, taille du bois, me remets à des instruments tels que la clarinette, ou le violoncelle, lis des articles, lis des bouquins, dessine... Mais tout cela ne sont que des fioritures. La vérité est que je ne me suis jamais autant senti vide. J'ai relu des passages de l'Etranger, tout à l'heure, et je me sens profondément, et de plus en plus, en emphase avec le héros. Ce héros qui décrit tout d'une manière factuelle, et, on pourrait le dire, assez triste au final. Je ne sais pas, ça me rappelle le père du héros, dans le Combat Ordinaire, qui n'avait recensé dans son journal que des curiosités factuelles de la vie sans aucun rapport réel avec les évènements réels de la sienne. Je dois avouer que je trouve cet état fascinant. Aujourd'hui, une amie m'a montré un de ses tableaux. Elle était mitigée à son propos, je l'ai adoré. Je n'ai pas osé lui dire que j'aurais aimé lui acheter. C'est vulgaire, pour moi, d'acheter un tableau qui vous a réellement touché. Comme si on achetait une vision, un souvenir, à l'artiste. Je ne saurais dire pourquoi. Peut-être un sursaut de pudeur. Ca me ferait bien marrer, tiens. Un truc que certains pourraient trouver triste, d'autres cool, et enfin finalement, d'autres complètement prétentieux et nauséabond est un certain renoncement de ma part. Un renoncement à avoir le dessus dans une conversation, juste pour avoir raison et le démontrer. Ne pas montrer ce qu'on pense, mais démontrer qu'on a moins tort que l'autre (Larcenet, quand tu nous tiens...). Un exemple étant les perpétuels désaccords sans intérêt dans lesquels finissent quasiment tous mes échanges avec F. Comme si un dialogue était une joute. Un autre, particulièrement frappant, remonte à quelques jours. Ma soeur, un de ses amis et moi devisions en dînant, et la gredine, souvent dans l'attaque comme meilleure défense à une éventuelle pique qui ne devait jamais arriver, a cru bon de me rabrouer sur une de mes conceptions (qui m'échappe totalement) en me citant, paraît-il, une fois où j'aurais lancé un discours type "mais de toute façon, l'Afrique, c'est totalement inintéressants, ils sont même pas foutus de se débrouiller avec une pauvre maladie, je vois même pas pourquoi on érige ça au rang de peuple". Sur le coup, j'ai réagi, niant les faits, et puis je me suis arrêté. Je me suis souvenu de l'échange qui avait été à l'origine de tout ça. Ma conception sur le sujet était que je trouvais nauséabond cette manie que l'on avait à déifier l'homme bon, à faire revivre ce mythe du bon sauvage au prétexte que ces gens avaient une vie simple et sans tracas. Et je citais en particulier des tribus africaines qui n'avaient jamais cru bon d'évoluer depuis les temps anciens, et auxquelles l'on prêtait une sagesse infinie sous couvert d'avoir survécu dans ces conditions. Sauf que voilà. Ces gens ne guérissent ni la pneumonie, ni la rage. Ne remettent pas en cause le savoir ancien, et stagnent dans leurs découvertes. La mortalité est toujours extrêmement élevée, et c'est dans ce genre de civilisation que je n'aurais jamais pu exister, moi en particulier, petite bestiole souffreteuse et crachoteuse. Je trouve profondément choquant que l'on puisse avoir ce fantasme de pureté originelle au point d'en cracher à la figure du système dans lequel on vit, et dont on profite tous les jours des bienfaits sans même le remarquer. Que l'on discute mon point de vue, je n'ai aucun problème avec ça, bien au contraire. Mais qu'on le caricature pour m'abaisser à un point Godwin, et bien... C'était rédhibitoire. J'ai fermé la gueule, et mangé mon riz. Elle croyait m'avoir cloué le bec, je lui ai laissé cette victoire. Je ne le faisais jamais, avant. Je croyais fermement qu'un échange se devait d'être fait en considérant l'autre comme un interlocuteur raisonnable et égal. Quand ça ne marchait pas, je glissais sur le territoire de l'ironie histoire de faire un pas de côté, et garder une ambiance sereine. Mais plus envie. De moins en moins. J'apprends à fermer ma gueule. Qui l'eut cru ? Encore eut-il fallu que je le crusse. L'eusses tu cru ?