Je viens de voir un film : le fantôme de l'opéra.
Vraiment beau. Je n'ai pas pleuré, mais l'émotion était là. A la fois frustration et sérénité sont ressenties à la fin de cette oeuvre. Le jeu des acteurs est bon, un érotisme latent est omniprésent dans la pièce, mais au contraire de toutes ces merdes commerciales où l'on vends du porno à tout va sans pouvoir tout autant se l'avouer, il n'est pas dépouvu d'une certaine élégance. Gros coup de coeur pour la scène où le fantôme déclare sa flamme pour sa belle au coeur de la pièce qu'il a composée. C'est de toute beauté. L'art et les sentiments qui se fondent, le théâtre dans le théâtre. Profonde et subtile mise en abyme.
En fait, même la symbolique me plait singulièrement. Christine aime le sémillant comte, mais également le fantôme. Et ce n'est qu'alors que ce dernier montre sa désespérance et la laideur de son autre face, sa face qui est humaine, qu'elle le répudie. Car elle ne peut aimer en lui que le concept, que l'âme torturée, que l'artiste. Ce qu'elle aime en lui, c'est elle-même. C'est l'ange de musique. Elle hait l'humanité, la méprise.
Et quelle détresse dans le fantôme, qui, par ce qu'il est, sa haine du genre humain, et pourtant son besoin d'amour, détruira tous ses espoirs, se détruira lui-même. Consumé par sa passion, il se montre tel qu'il est, et se voit humain. Il contemple sa face pour la première fois, et ne peut le supporter. Il meurt alors à cet instant-là. Il a perdu l'intégrité de son moi. Et, ne pouvant plus se voir sans voir cette répugnante chose qu'est la nature bestialement humaine, il brise les miroirs, pour passer au travers, et disparaître.
Non en fait ce qui me frappe le plus en fait, tout compte fait, ce n'est pas la profondeur du personnage, ou même l'orchestration, qui sont pourtant déjà monstrueuses; ce qui me frappe disais-je, c'est l'aspect qu'a choisi de donner l'auteur à l'amour. D'un côté l'amour avec le prince charmant, et de l'autre l'amour passionné, farouche et torturé, impossible. Lorsqu'ils se combattent, aucun n'a le dessus. Et l'un ne peut coexister réellement sans l'autre. Lorsqu'elle l'embrasse, ce n'est pas pour sauver son homme, c'est réellement par amour.
Nan, définitivement je suis dingue de ce concept. Peut-être parce que quelque part, j'aime à me prendre pour lui. Celui dont personne ne voudra réellement, et qui en comprend l'essence, puisqu'il se sent torturé. Bien entendu, il y a derrière tout ça un égo surdimensionné, un besoin de se dire que l'on possède une intériorité suffisante pour justifier cette monstruosité. Mais bon c'est ce que j'aimerais. Je ne suis pas même un monstre.
Au moins j'aurais fait quelque chose de mon après-midi.