Il y a bien des choses qui me sont passées par la tête depuis le dernier article, mais aucune n'offrait alors un développement assez conséquent pour constituer un article. Et pourtant, ce n 'est pas l'envie qui manque, mais lorsque la verve se tarit, il convient de ne pas la forcer.
Je continue mes pérégrinations en Solitude. Les rencontres se font rares, et rarement sont bonnes surprises, mais on se fait à tout. L'édifice que j'ai mis du mal à bâtir, cet ilot de stabilité, menace chaque jour de s'effondrer. Des fois il est consolidé, d'autres il fait pâlir la tour de Pise par son instabilité. La raison? L'impossibilité de l'objectivité. La fatigue me pèse sur les nerfs. Je n'ai pas envie de dormir, je n'y arrive pas, et je suis malade la nuit. La raison? J'ai l'impression de ne pas profiter de ma journée, j'ai l'impression de ne pas m'être développé, épanoui. Les cours sont de plus en plus intéressants, ce n'est pas la question. Mon prof de maths et mon prof de physique, chacuns à leurs façons, ont un humour qui me plait, et sont réellement passionnés par leurs matières. C'est juste que voilà, l'année dernière me manque. Finit le temps où réviser était un luxe, où l'on avait toujours quelqu'un qui venait taper à la porte pour dire "hey, j'en ai marre de faire semblant de bosser, on se fait un film?". Les secondes années me manquent. L'internat est vide sans eux. Il est plein d'autres gens, mais je ne suis pas avec eux. C'est pas la question de savoir s'ils sont mieux ou pas, ce ne sont pas eux.
L'impossibilité de l'objectivité disais-je. Oui, la solitude (bien que je sois rarement seul au demeurant) et la fatigue m'amènent souvent à un comportement que la logique, et donc moi également, réprouve. Les pulsions primales sont les plus dures à réfréner. J'ai besoin qu'on m'aime, qu'on m'accorde de l'attention, j'suis un gros bébé. C'est dur de voir les gens avancer dans leurs vies, et d'avoir l'impression de rester attaché à un mur, condamné à gratter le passé pour en tirer des souvenir0s. Mais c'est ainsi. Je suppose qu'un jour ça changera. En toute logique, ça doit changer. Mais encore une fois, ce n'est pas la question. J'ai des concours à la fin de l'année, et je n'ai pas envie de les passer. Ca me stresse. Oui, pour la première fois de ma vie, une échéance redoutée arrive. Et si je me retrouvais dans une E3A merdique? Oui bon je sais ça reste une école d'ingé, etc... Mais aller à l'école supérieure du bois ou de la plasturgie serait pour moi un échec cuisant. Je veux faire de la physique quantique, surtout maintenant que ça ne m'apparaît plus comme un monstre sans aucun sens. Je sens qu'un jour je comprendrais les équations. Et je veux que ce jour vienne. Vite.
J'ai aussi envie de passer mon permis, me remettre à la musique, lire. J'ai joué sur ma batterie dimanche. Cela faisait quatre mois que ça n'était pas arrivé. Je l'aime. Vraiment. Je me sens vraiment bien à jouer avec elle. Je sens qu'elle exprimera toujours ce que je veux lui faire dire. J'arrive pas à comprendre comment c'est possible, mais c'est le cas. Stupide peut-être, je ne sais pas. Mais j'aime jouer. Hier soir j'ai commencé la relecture de fahrenheit 451. Quel chef-d'oeuvre. "Êtes vous heureux?". J'aime la SF. Je me faisais un star trek par jour à une époque. Mais maintenant j'arrête, je me couche un peu plus tôt. Cette volonté de découverte, tout en gardant un monde basé sur la paix et la raison, cet espoir naïf, sans doute conséquence directe du traumatisme causé par la guerre froide, me touche réellement.
C'est comme une chanson des fatals picards qui s'appelle BOUM (vocal edit). Je ne sais pas pourquoi, mais ça me touche. Les paroles sont plus à raz-terre qu'Indochine, musicalement c'est du blink 182 teinté de wednesday 13, mais c'est efficace au possible. Il rêve de quelqu'un à emmener.
Quoi d'autre? Bien des choses. Je m'enferme chaque jour un peu plus. Les autres m'indiffèrent dans leurs comportements, mais je suis blessé par leurs réactions; j'ai besoin d'exister à leurs yeux, en bien ou en mal. L'impression de disparaître, petit à petit, comme dans un chair de poule de RL Stine que je lisais et regardais quand j'étais gosse, qui m'avait terrifié, l'histoire d'un enfant qui disparaissait, et que personne ne voyait plus. Les gens peuvent vivre sans toi, lectrice. Bizarrement, et contre toute logique, ça me terrifie.
Non ce n'est pas vrai. C'est contre la logique que j'impose dans mon paradigme. Je ne prends en compte que ce que je devrais être. Mais je n'ai pas le nez assez long pour désirer et exiger d'être admirable partout et en tout point. Il faut pour cela un panache que je n'ai pas, et je ne toucherai certainement pas à la fin de l'envoi. La vérité est que je ne suis pas ce que je voudrais être. Le choix est alors toujours le même : s'altérer, se forcer, pour avancer, ou essayer de se comprendre, et vivre avec soi? En tous les cas, tergiverser et se culpabiliser ne sert à rien. J'ai trop souvent pris la solution de facilité de me dire ce que je devrais être sans chercher à le devenir. Il est facile, merveilleusement facile de se dire que l'on n'est qu'une loque.
L'autre jour, j'ai relu mes articles depuis le début. Ca m'a fait sourire. Souvent, lorsque les gens parlent de leur passé, ils le vomissent, s'exècrent, etc... Mais au fond, c'était une étape nécessaire à la construction de leurs moi actuels. Certes, je trouve cette pensée dépassée, et parfois l'on a envie de dire "non mais c'est bon, calme, tu vois pas ce que tu racontes?", mais c'était nécessaire alors. Et maintenant, je vois les choses autrement, et ça me rassure quelque part. Il y a quatre vingts articles, je n'étais pas le même. Et j'ai bien avancé. Si la fantaisie t'en prends, lectrice, parcoure quelque pages anciennes, histoire de t'en convaincre. Je trouve intéressant d'observer ma propre évolution. Masturbation intellectuelle, encore et toujours.
Niveau sentimental, c'est l'échec. Je n'intéresse pas celles qui faut. En fait, non rectification, je n'intéresse personne. C'est plus le soucis, je n'en fais plus vraiment une obsession. Pourquoi? Parce que je n'ai trouvé personne avec qui la communion soit totale. Même avec F, il y a des ruptures par moment, souvent annonciatrices de moments d'instabilités par la suite. A quoi bon, au fond, se gargariser à propos de quelque chose que je ne veux pas réellement. That would be stupid.
Le flot se tarit. Mieux vaux finir.