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geekness

Voilà, fin des vacances, et heureusement.
Je ne crois pas être particulièrement masochiste, mais l'école me manque. Pour tout avouer, j'en crèverais si ma prépa fermait. J'ai envie d'apprendre de nouvelles choses, de voir de nouveaux gens, enfin, de vivre quoi.
Toutefois, ces vacances auront été particulièrement instructives. Le premier mois m'a permis de connaître un aperçu d'un monde jusqu'alors totalement inconnu pour moi : celui des travailleurs manuels. Bon, certes, c'était à la mairie, donc "travailleurs" est peut être éxagéré comme terme. J'y ai confronté mon fantasme du travailleur style Will Hunting à la réalité, et j'en ai tiré des enseignements. La théorie, c'est jamais bien applicable en sciences humaines.
Mais trêve de blabla : j'en ai déjà suffisament traîté.

Le second mois a été l'occasion d'oisivetés abusives qui ont menées, suite à des évènements tels que le fait que F sorte avec un mec qui ne soit pas dans ma grande estime, et quelques autres, à de grandes remises en question.
Mon paradigme était erroné. Bien entendu, en substance, toujours rien de nouveau, et je dois te lasser, lectrice, avec mes attermoiements répétés. Cependant, cette fois ci, il y a du nouveau : j'avais dit que je l'appliquerais, je l'ai fait.
J'ai fait le tri dans mes relations, et je n'attends plus rien de personne réellement. Bien entendu, je prends toujours le même plaisir à être en compagnie de certains, et je tire de l'idée de les revoir, de partager des moments de fraternité et de pouvoir compter sur eux une réelle satisfaction. Toutefois, je ne me définis plus comme réellement dépendant d'eux. Ils font partie du monde extérieur, toute plaisant que puisse être l'instant partagé.
En fait, le fait qu'elle se mette en dessous de moi, en position de faiblesse, et me demande un avis objectif de la situation a beaucoup aidé. Etant très attaché à elle, j'ai pris sur moi de satisfaire son exigence, et suite à ce changement imposé, il m'est apparu clairement que je n'avais pas besoin de ces attaches au monde réel, et que je pouvais concrètement penser objectivement, à la manière d'un robot.

A la fin de l'année scolaire précédente, j'ai trouvé une série : the big bang theory. Ce fut une révélation. Tout me rappelait un monde que j'avais laissé des années auparavant, afin d'essayer de me conformer au minimum au reste de la population, dans un besoin d'identification. Il va de soit que je n'ai eu de cesse de considérer ma curiosité pour la science, et en particulier les maths (oui bon je sais les maths ne sont pas réellement une science, mais admettons, bande de physiciens à deux sous !) comme une chose bénéfique, et valorisante vis à vis des autres. Mais quid des univers de star wars, du seigneur des anneaux, de star trek, et tous ces autres que je n'ai pas encore cités ou découverts? Oubliés, relégués au rang de distractions.
Ce ne sont pas des distractions, ce sont des réponses apportées à l'angoisse de la vie, et au besoin de bonheur. On peut dire ce qu'on veut de ces univers, mais il m'est arrivé avant hier encore de revoir mes positions sur un personnage central de star wars : l'empereur Palpatine. Certes, ses actions sont néfastes, et sa soif de pouvoir n'a d'égale que son égocentrisme. Néanmoins, vu l'état de la République avant son accession au pouvoir, on est en mesure d'affirmer une certaine légitimité de son acte. Après tout, Napoléon était totalement dans le même contexte, et on célèbre encore (à raison, selon moi) sa mémoire.

Je me suis immédiatement identifié à Leonard. Pas bien grand, pas bien moche, mais qui ne sait pas s'arranger, et d'ailleurs que ça n'intéresse pas réellement, passionné par le fictif, et la science, désespéremment inadapté en ce qui concerne la compréhension du monde normal, d'une gentillesse qui vire parfois à la naïveté, et plutôt attachant. J'ai aussi flashé sur un autre personnage : Sheldon. Une sorte de surdoué mégalomane vivant dans un paradigme totalement parallèle à notre plan d'existence à l'esprit d'une logique sans faille, ni réel sentiment autre que l'effroi causé par l'idée que l'on heurte son paradigme. Une admiration était née : je voulais être comme lui, les TOC en moins. Avoir cette capacité de détachement total de mon environnement, et ce dégoût pour les relations humaines. C'est en partie chose faite, mais étrangement c'est lorsque l'admiration due à la nouveauté s'est estompée, qu'un phénomène totalement étranger à la chose est arrivé et m'a finalement poussé dans cette voie. Ce phénomène, il est simple : je me suis poussé, suite à la rupture de l'ambiguïté de ma relation avec F, à aller vers une autre. Rencontrée sur le net. Pas laide, intelligente, et plutôt drôle. J'avais discuté avec elle de mes positions sur les relations humaines et le désespérant manque de partage qui les caractérise en général. Elle avait totalement adhéré à mes propos, chose que j'avais trouvé extrêmement positif. Nous nous sommes rencontrés. Plusieurs fois. Ce fut plaisant. De belles journées passées à discuter de tout et de rien, et rire. Mais au bout du compte, il y avait encore et toujours cette méfiance. Finalement, au cours d'une sortie avec elle et des amis, la discution s'est emballée, sur un sujet que je jugeais sans intérêt : le QI, le QE et leur obsoléscence selon les critères actuels. J'ai trouvé cette réaction incompréhensible, et surtout décevante. J'ai compris qu'avec elle non plus, malheureusement, le réel partage ne serait probablement pas possible. Toutefois, cette rencontre, en plus des apports à ma réflexion qu'elle a fourni, a été extrêmement positive, puisqu'elle a permis que je rencontre un homme d'une singulière éxemplarité. Comme moi, bien que les chemins dans la vie que nous ayons empruntés soient totalement différents, il a la même soif de connaissance, de partage, et s'obstine à voir en chaque rencontre une occasion potentielle d'apprendre quelque chose.

De là j'ai eu une période assez longue de misogynie. Le fait était que, outre exceptions rares, les femmes n'avaient en général qu'à écarter les cuisses pour plaire, ce qui donnait une sorte de masse assez imposante de bécasses totalement artificielles et vide qui ne se remettraient jamais en question. Par delà ces specimens ô combien répandus, il y avait la fille plus ou moins cultivée, trop heureuse d'en savoir plus que la moyenne, et qui en devenait totalement méprisante et infecte d'une arrogance héritée des trop longues heures passées à se masturber devant un miroir.
Je me retrouvais donc avec un ruban vert. J'aurais aimé être homosexuel, celà m'aurait épargné bien des tourments, mais au jour d'aujourd'hui je crains que ce ne soit pas le cas.

Et là, sentiment étrange, la chape de plomb qui me pesait dessus depuis des années, cette solitude insupportable que je ressentais, s'est dissoute. Comment, je ne sais pas. C'était étrange. Puisque je méprisais d'ores et déjà les hommes, et que maintenant c'était au tour des femmes de me répugner, je n'ai plus eu de regrêt d'absence de contact, ou de partage. De là est venue une sorte de tranquilité, de sérénité. Ainsi, j'ai obtenu les aspects que je jalousais à Sheldon, en décidant d'arrêter de les vouloir.

On m'a reproché de vouloir adhérer au stéréotype geek, d'avoir une fois de plus un besoin d'identification. Ce nest pas le cas. Je reviens dans mon élément, et il se trouve que cet élément est inclu dans la culture geek pour une large partie. Je souris, et tire un certain amusement lorsque l'on me traîte de geek, mais ce n'est pas, comme il semblerait, parce que je me dis "ouais, j'appartiens à la communauté, youhou'. C'est juste que je trouve ce monde drôle, et que je m'y sens bien. Alors soit, si j'suis un geek, j'suis un geek. C'est pas la question. La tristesse de savoir que je ne le serais comparable à celle que j'éprouverais à l'idée que saint augustin se soit foulé la cheville, à trois ans.

Mais attention, rien dans mon attitude sociale n'a changée : je rigole toujours autant, voire plus, ma culture va croissante, et je m'intéresse à encore plus de choses. Hier soir, j'ai organisé une soirée, qui s'est passée excellement à mon goût. On s'est rendus sourds, et on a dansé, dansé, jusqu'à en tomber par terre, et à ce moment on a regardé un dvd. Les gens étaient sympa, l'ambiance était cool.

J'ai renoué avec ma soeur, et ma mère, que j'avais un peu perdues de vue. Un petit séjour dans le Jura, cette terre elfique, de grosses rigolades, un bonheur indicible.

Je pourrais continuer longtemps sur beaucoup de sujet : la redécouverte de spiderman, la vue du génial inglorious basterds, etc... Mais l'idée est la même. Je m'ouvre au monde, de manière objective, et sans désir de satisfaction d'un quelconque manque d'affection. Bien entendu il va de soit que je continuerais à puiser l'amour et la tendresse de quiconque voudra me la prodiguer, car je ne me lasse pas de ce nectar, mais je n'irais plus quémander.

Au final, je n'ai fait qu'appliquer quelque chose dont j'ai pris conscience des mois auparavant : lorsque l'on n'attends plus rien de l'humanité, on ne peut être que surpris en bien.
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